L`Ommegang et les Arbalétriers 1348 – 1930 – 2006

Origine: Il semble que les origines de cette représentation historique soient ignorées de la plupart des gens. Il est pourtant utile de rappeler que ce sont les arbalétriers qui sont à l’origine de ce fastueux cortège, qui est, chaque année, un des événements majeurs de la ville.Si au XIVe siècle, les arbalétriers de Bruxelles étaient considérés comme une corporation importante, en 1348, l’institution de l’Ommegang augmenta encore leur importance. L’Ommegang était un défilé dans lequel figuraient tous les corps civils et religieux de la cité, une procession imposante où le sacré et le profane se trouvaient réunis. De nos jours ce dernier a fini par éclipser le premier. Cette cérémonie était célébrée chaque année, le dimanche de la Pentecôte. Selon la tradition, Béatrice Soetkens, anversoise dévote et pauvre, aurait vu, à plusieurs reprises, la Vierge lui apparaître en songe et lui révéler ses volontés: en premier lieu faire restaurer la statue de bois de la Vierge qui avait été vénérée mais délaissée par les fidèles. Béatrice réussit sans peine cette charge et elle fit redorer la statue par un artiste de la ville. La Vierge lui aurait ensuite commandé d’enlever la statue de l’église, de l’amener en bateau à Bruxelles et de la placer dans la chapelle du Sablon. L’opposition du Sacristain l’empêcha de mener à bien son entreprise. C’est alors que la Vierge l ‘aurait assurée de son aide si elle agissait après la fermeture de l’église. Effectivement, Béatrice subtilisa la statue et pris place avec elle dans une frêle embarcation, qui avait été miraculeusement bloquée au port. Tout aussi miraculeusement cette barque aurait remonté à vive allure le courant de l’Escaut et de la Senne jusqu’à Bruxelles. Entre-temps les Anversois mis au courant par le Sacristain, expédièrent une lettre au duc de Brabant et aux édiles bruxellois pour qu’ils prennent des mesures de sorte que la statue déplacée par une volonté divine, soit réceptionnée avec tout le respect qui lui revenait. Pour ce faire, le duc chargea les arbalétriers d’aller accueillir la statue miraculeuse. Ceux-ci, accompagnés d’une population en liesse, se rendirent en procession jusqu’à l’endroit dénommé Zavel (Sablon) où ils s’exerçaient au tir, et ils déposèrent la statue dans la chapelle qu’ils y possédaient. Les arbalétriers décidèrent de commémorer chaque année, par une procession, l’arrivée de la statue de « Notre-Dame à la Branche » (Onze Lieve Vrouwe op ‘t Stocsken). L’OMMEGANG ÉTAIT NÉ ! Les arbalétriers dirigèrent donc le déroulement de l’Ommegang et ils occupaient un emplacement d’ honneur dans le défilé, qui consistait à tourner autour de l’édifice religieux abritant la statue, d’où la signification en ancien flamand « Ommegang : Omme : autour et gaan : marcher ». Dès l’année 1359, les arbalétriers recevaient d’ailleurs de la ville une subvention annuelle de quarante schellings ou deux livres. Une partie de cette somme couvrait les dépenses relatives au festin que la compagnie donnait le jour de l’Ommegang. Renaissant après le mariage de Napoléon et de Marie-Louise, l’Ommegang, événement capital de l’année, est tombé dans l’oubli pendant plus de cent ans. Dès 1926, le Grand Serment Royal et de Saint-Georges initia le projet de fêter avec éclat son 550e anniversaire. Il s’agissait de commémorer la signature, par la duchesse Jeanne et le duc Wenceslas, le 4 mai 1381, d’une ordonnance considérée comme l’acte de reconnaissance officielle du Grand Serment et de la constitution du Serment de Saint-Georges. Les membres du Grand Serment Royal et de Saint-Georges se souviennent que l’Ommegang de Bruxelles était jadis la procession des arbalétriers. Le 18 février 1927, le Secrétaire général, Jules De Winckeleer, informe le Collège des Bourgmestre et Échevins de la Ville de l’intention de recréer le cortège historique. Cette idée des arbalétriers de Saint-Georges de célébrer ce jubilé par une manifestation grandiose à caractère historique et artistique existe aussi dans le chef du vicaire du Sablon, l’abbé François Desmet, très attaché au Grand Serment de Saint-Georges. Le 4 avril 1927, l’abbé Desmet, enthousiasmé, passionné par l’attachement que le Grand Serment Royal et de Saint-Georges montre aux traditions, expose ses idées dans une lettre qu’il adresse au Président du Serment, Modeste Vanden Haute. Il propose sa collaboration pour « ressusciter l’ancien Ommeganck , qui est toute l’histoire du Grand Serment et du Sablon ». La rencontre a bien lieu au siège du Grand Serment Royal et de Saint-Georges et celle-ci est suivie de beaucoup d’autres. L’approbation du cardinal Van Roey est demandée par l’abbé Desmet et l’autorisation lui est accordée le 26 octobre. Une nouvelle réunion a lieu le 31 octobre 1927 et un Comité provisoire est constitué, regroupant en plus de Modeste Vanden Haute et de Jules De Winckeleer, divers collaborateurs tels que Guillaume Des Marez, archiviste de la Ville, Emile Vauthier directeur de l’Académie d’Ixelles, Léon Van Puyvelde, Conservateur en chef des Musées Royaux des Beaux-Arts, Ernest Closson, professeur au Conservatoire. En décembre 1927, des contacts sont pris avec des politiciens, des savants et des artistes pour obtenir leur appui. Sur les conseils de l’archiviste Félix Rousseau, le Comité se met en rapport avec le directeur du Service de Recherches historiques et folkloriques de la Province de Brabant, Albert Marinus. Création de la Société de l’Ommegang. Toutes les personnalités contactées acceptent d’emblée de travailler à la reconstitution de l’Ommegang. Dès janvier 1928, le Comité d’Honneur est constitué et est placé sous le haut patronage de S.M. le Roi Albert Ier. La présidence d’honneur va au Cardinal Van Roey, la vice-présidence d’honneur à Maurice Vautier, Ministre des Sciences et des Arts, ainsi qu’au baron de Béco, Gouverneur de la Province de Brabant. Le bourgmestre Adolphe Max et l’abbé Richard, curé du Sablon, se partagent la présidence. Le Comité effectif se met tout aussi rapidement en place et est composé de la manière suivante : MM. G. Des Marez, L. Van Puyvelde, J. Cuvelier, Archiviste général du Royaume, J. Capart, Conservateur en Chef des Musées du Cinquantenaire, le comte Adrien van der Burch, Commissaire du Gouvernement aux expositions, le comte Montald, peintre, professeur à l’Académie des Beaux-Arts, P. De Mot, conseiller communal, E. Closson, A. Marinus, du Service folklorique de la Province, Coppejans, de Gand, peintre, spécialiste en cortèges, Crick, attaché aux Musées du Cinquantenaire, M. Coelst, échevin à la ville de Bruxelles, et M. Vanden Haute et De Winckeleer du Grand Serment Royal et de Saint-Georges. La première réunion de ce Comité se tient le 24 janvier 1928 à 18 heures au local du Grand Serment, 82 rue des Six Jetons. La séance se déroule en présence de la presse qui a été conviée. À l’issue de cette réunion l’abbé Desmet est élu Président et c’est Albert Marinus, en qualité de Secrétaire adjoint, qui rédige le procès-verbal. À l’invitation du bourgmestre Adolphe Max, les treize réunions suivantes se tiendront à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.Le registre des procès-verbaux nous apprend que de janvier 1928 à février 1930, l’essentiel du contenu des discussions en séance porte sur deux points : la conception du cortège proprement dit et le financement de sa réalisation. Les débats sont parfois passionnés et les problèmes nombreux. Les difficultés rencontrées sont levées grâce à l’habileté et le sens de la diplomatie de l’abbé Desmet et la compétence et la ténacité d’Albert Marinus. Le Comité est très vite constitué en a.s.b.l sous la dénomination « Société de l’Ommegang de Bruxelles » avec comme objet l’organisation de cortèges historiques et folkloriques rappelant le passé de la ville de Bruxelles, tels les Ommegangs ainsi que les représentations de mystères. En séance du 9 mai, un Comité exécutif est créé et son siège fixé au 26, rue des Quatre Fils Aymon à Bruxelles. Le 11 juillet, le Président procède à l’installation de nouveaux membres et met en place les sous-commissions suivantes pour concrétiser le projet : PROPAGANDE : MM. Marinus, Verhaevert, Danthine, Kennettenorf. FINANCES : MM. Coelst, Dietrich, De Mot, Bautier, Marinus. PERSONNEL (recrutement) : MM. De Winckeleer et Vanden HauteMUSIQUE :M. ClossonARMES et ARMURES : Comte de BorchgraveCOSTUMES et BANNIERES :MM. Thiriar et Coopejans. FOLKLORE : MM. Crick, Verhaevert et Marinus. ARCHIVES et ESTAMPES : MM. Des Marez, Cuvelier, Paris, RousseauHERALDIQUE :MM. De Ridder, de Schaetzen et de BeauffortPARTIE ARTISTIQUE :MM. Montald, Coppejans, Van Ysendyck, Vauthier, Marinus. Composition du Comité Exécutif, qui figurera sur le programme officiel de l’Ommegang : Président : Abbé F. Desmet, vicaire du Sablon. Vice-Président : M. Coelst, échevin. Secrétaire général : A. Marinus. Secrétaire-adjoint : J. De Winckeleer. Trésorier-général : C. Dietrich de Val-Duchesse, Vice-Consul de Norvège. Trésorier-adjoint : P. De Mot. Régisseur général : M. G. Danthine, secrétaire du Rotary-Club. Direction des costumes et drapeaux : M. J. Thiriar, artiste-peintre. Direction musicale : M. E. Closson, professeur au Conservatoire. Direction artistique : M. . Thiriar et C. Montald, professeur à l’Académie Royale des Beaux-Arts. Recrutement du personnel : M. Vanden Haute et J. De Winckeleer, président et secrétaire du Grand Serment Royal et de Saint-GeorgesComité des finances : MM. Dietrich et De Mot, conseiller communal. Héraldique : MM. de Beaufort, spécialiste des blasons et armoiries, et Aerts, écrivain militaire et dessinateur. D’autres personnalités, pour leur expérience en grands défilés, viendront épauler les membres les plus actifs, le major baron Verhaegen, les commandants Betrand et Duchâteau. Le Comité d’Honneur, placé sous le haut patronage de S.M. le Roi Albert Ier, est revu en 1929 et actualisé en 1930. On y retrouve près de quatre-vingts personnalités occupant des fonctions importantes à la Cour, dans l’armée, la magistrature ou la vie politique et culturelle. Les présidents d’Honneur sont : S.E. le Cardinal Van Roey, Archevêque de Malines. M. Magnette, Président du Sénat. M. le Baron Tibbaut, Président de la Chambre des Représentants. M. Henri Jaspar, Premier Ministre, Ministre des Colonies. M. Adolphe Max, Ministre d’Etat, Bourgmestre de Bruxelles. M. Nens, Gouverneur du Brabant. Il est intéressant de voir le projet complet de reconstitution de l’Ommegang réalisé par A. Marinus. Son travail tenait compte des décisions prises par le Comité effectif lors de sa séance du 24 janvier 1928, c’est-à-dire un cortège représentant un Ommegang du XVIe siècle. La dimension religieuse de la procession posait problème et A. Marinus propose que cet aspect soit traité par le biais du folklore en donnant une place importante à l’évocation de la légende de Notre-Dame du Sablon. Il présente son projet, dont le modèle est l’Ommegang somptueux qui défila, en 1549, devant Charles Quint et sa cour. Certaines modifications ont été apportées afin de l’adapter aux exigences de l’époque moderne. Il reste que le milieu du XVIe siècle est une époque où le costume est varié de coupe et chatoyant de couleurs, époque de manifestations fastueuses. Le Grand Serment Royal et de Saint-Georges est fier d’être à la base de la renaissance de l’Ommegang, qui en définitive, à la demande du Ministre de l’ Intérieur de l’époque, Albert –J. CARNOY, fut mis sur pied en 1930 au lieu de 1931, de sorte que les fêtes du Centenaire et celles de l’anniversaire du Grand Serment soient concomitantes. Cette manifestation prestigieuse qui, de nos jours, se déroule le premier jeudi du mois de juillet, du Sablon à la Grand-Place, attire encore de très nombreux spectateurs, qui rendent hommage à la Gilde séculaire et dispensent de vibrants applaudissements à ces arbalétriers revêtus de la tenue écarlate ou pourpre royale à bordures vertes.

Publié dans : Non classé |le 27 février, 2007 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Au Tour du Panier |
SYNDICAT INDEPENDANT DES ME... |
BIBLIOTHEQUE |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | APCP
| Blog de l'Association
| L'amicale des donneurs de s...